Les pesticides

  • UNE INTERDICTION LARGE DES insecticides NEONICOTINOIDES

Depuis le milieu des années 90, les apiculteurs constatent dans leurs ruches des dysfonctionnements, des mortalités accrues et des disparitions de colonies. La production s’effondre et le maintien et la reconstitution des cheptels constituent la préoccupation majeure de la filière. Le travail d’observation des apiculteurs et les discussions avec leurs voisins agriculteurs les ont conduits à soupçonner que l’apparition de nouveaux pesticides était responsable de ces mortalités accrues. Plusieurs indices ont également concouru à ces soupçons :

  • la répartition géographique des pertes (les villes sont pratiquement indemnes, les campagnes bien plus touchées) ;

  • de très fortes variations de situation de rucher à rucher avec des colonies identiques, qui laissent à penser que la cause est dans l’environnement de ceux-ci ;

  • l’apparition du phénomène a été concomitante à la mise sur le marché des insecticides en traitement de semences, qui contaminent le nectar et le pollen, et avec lesquels les abeilles sont donc en contact de manière prolongée.

abeilles_sur_cadre_Felix_GILLes doutes se sont confirmés lorsque des scientifiques de l’INRA ou du CNRS ont établi ce lien de causalité. Il s’agit des insecticides systémiques de la famille des néonicotinoïdes, classe d’insecticides neurotoxiques, présents sur le marché depuis 1994.

Plusieurs substances actives font partie de la famille des néonicotinoïdes et sont retrouvées dans des produits phytopharmaceutiques autorisés en France, entre autres : l’imidaclopride, le thiamethoxam, ou le thiaclopride. A titre d’exemple, la substance active « thiamethoxam » est 5 400 fois plus toxique pour les abeilles que le DDT. L’imidaclopride est quant à elle 7297 fois plus toxique1.

Leur effet systémique permet au pesticide d’être diffusé tout au long de la vie de la plante dans l’ensemble de ses parties, y compris les fleurs, dans lesquelles les abeilles vont puiser le nectar et le pollen. Leur dangerosité est accrue lorsque plusieurs substances actives sont associées produisant un cocktail redoutable.

Du fait de l’accumulation de preuve de leur toxicité pour les pollinisateurs, la Commission européenne a décidé d’interdire trois de ces substances pour deux ans sur certaines cultures.

C’est un premier pas important mais il n’est malheureusement pas suffisant.

Car ni les céréales à pailles semées en hiver, ni les betteraves, ni les traitements en forêts ne sont concernés par cette interdiction. Ces produits présentent pourtant une très grande persistance dans le sol, les rendant ainsi capables de contaminer les cultures suivantes ou les plantes adventices. En France, c’est un tiers des céréales à pailles qui est traité avec les néonicotinoïdes, alors que ces mêmes cultures sont utilisées en rotation avec du tournesol, très attractif pour les abeilles !

  • UN RENFORCEMENT DE L’EVALUATION DES PESTICIDES

A la suite de nombreuses publications scientifiques et de demandes de la part des apiculteurs et des parlementaires européens, la Commission européenne a saisi l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) en décembre 2010, afin qu’elle reconsidère l’évaluation des risques des pesticides systémiques pour les abeilles.

Le 23 mai 2012, l’AESA a publié un avis scientifique, d’une importance majeure, sur la manière dont les pesticides devraient être évalués quant à leur impact sur les abeilles. Cette analyse approfondie admet que les pesticides systémiques, accusés des mortalités accrus d’abeilles à une grande échelle, n’ont jamais été correctement évalués et en conséquence, n’ont jamais été correctement autorisés.

gt3b2045Il revient à la Commission et aux Etats membres de demander à l’EFSA d’adopter de nouvelles lignes directrices à même de tenir compte de toutes les voies d’exposition des abeilles, d’évaluer les effets sublétaux, les effets sur la colonie, les effets de synergies entres les molécules, et entre les pesticides et les maladies des abeilles.

Les groupes d’experts doivent par ailleurs intégrer des apidologues confirmés et indépendants.

  • UN RENFORCEMENT DES CONDITIONS D’UTILISATION DES PESTICIDES

Pour protéger les pollinisateurs, l’arrêté du 28 novembre 2003 interdit de traiter au moyen d’insecticide et d’acaricide durant toute la période de floraison ou de production d’exsudats. Or, des cas d’intoxication sont apparus sur des produits autres que les insecticides ou les acaricides, ce qui montre que cet arrêté doit s’étendre à tous les pesticides.

Par ailleurs, cette interdiction tolère des exceptions pour les produits bénéficiant de la mention « abeille ». Pour ces produits, il est possible de traiter en période de floraison, « en dehors de la présence d’abeille ». Cette formulation peu claire doit être précisée pour que l’agriculteur sache quand ne pas épandre.

Il est par ailleurs anormal que des produits très toxiques pour les pollinisateurs bénéficient de cette mention « abeille ».

Enfin, le respect de ces conditions d’utilisation n’est que peu contrôlé.

Il convient de modifier l’arrêté du 28 novembre 2003 1/ afin que l’interdiction de traitement en floraison s’applique également aux herbicides et aux fongicides 2/ afin qu’il soit écrit noir sur blanc que les traitements ne peuvent avoir lieu qu’après le coucher du soleil et dans la première moitié de la nuit, si le produit bénéficie de la mention « Abeille ».

La « mention abeille » doit être réservée à des produits non nocifs pour les abeilles, tant sur leurs effets létaux que sublétaux.

Ce dispositif doit s’accompagner d’un contrôle par l’administration du respect de ces conditions.

Sur le respect du principe légal de l’interdiction des épandages aériens, le Gouvernement s’y est engagé à plusieurs reprises à la suite d’une importante mobilisation du monde apicole. Cet engagement est rappelé dans la feuille de route de la conférence environnementale.

Cet engagement sur une interdiction réelle des épandages aériens doit aller au bout.

Santé humaine et pesticides ne font pas bon ménage

Cancers, maladies neurovégétatives de types Parkinson ou Alzheimer, risques d’infertilité, malformations congénitales, système immunitaire affaibli ; l’impact des pesticides sur la santé humaine est considérable. La France est, en volume, le premier pays utilisateur européen de pesticides et le troisième au monde derrière les Etats-Unis et le Japon. En 2011, ce sont plus de 62 700 tonnes de matières actives qui ont été vendues…

Le 27 mars 2013 un Comité de soutien des élus pour les alternatives aux pesticides a été créé à l’initiative d’Agir Pour l’Environnement, de Générations Futures et de l’UNAF.

Ce comité vise à former et informer les élus sur les dangers liés à l’utilisation des pesticides ainsi qu’à mutualiser les bonnes pratiques agricoles permettant de réduire fortement l’utilisation des pesticides.

Pour y adhérer : www.comiteeluspesticides.fr

1Pesticides, toxicité pour l’abeille selon les molécules (Dr. JM Bonmatin – CNRS – France)

crédits photos : Felix Gil et generations-futures